la STI2D, l'Epuration Technique par élévation de compétences ... non reconnues

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la STI2D, l'Epuration Technique par élévation de compétences ... non reconnues

Message  battman le Mar 7 Juin - 0:07

Un peu d’histoire récente :

D’octobre à décembre, une centaine de collègue STI (les concepteurs) venu de tous horizons ont collaborés à la mise en œuvre de plus de 480 heures de formations STI2D. 480 heures en 3 mois, c’est l’équivalent d’une année de cours de master, comparaison importante pour la suite de mon raisonnement.
De février à juin, 5 mois de formations (les concepteurs deviennent formateurs) en présentiel et distanciel pour un premier tiers des 7000 collègues à former sur trois ans. La formation lourde représente donc 480 heures à encaisser en 5 mois. Il est évident qu’aucun professeur en situation devant élève ne peut absorber ces 480 heures.

Vers une organisation à l’ « Orange » ? :

Au-delà des chiffres, ce qui est assourdissant est le silence de cette réforme et de ses conséquences sur les individus. Est-ce que l’indifférence est un crime si nous sommes à la veille d’un nouveau phénomène de type « Orange ». Avec l’autonomie des établissements, ce n’est ni le ministre, ni le recteur qui sauteront, mais bien le proviseur.
Même si le contenu de la STI2D est relativement bien pensée (dans ses connaissances et compétences), il n’en est pas du tout de même pour les conditions organisationnelles et matérielles, ce qui aura de toute manière de graves conséquences sur les individus et par suite sur les élèves. Ignorer que le bien être de l’élève dans la classe, passe systématiquement par le bien être de l’enseignant dans son travail est un déni qu’il faut bannir de la tête des administrateurs et gestionnaires. Le bienêtre de l’enseignant dans son travail est inhérent aux conditions matérielles, organisationnelles, pédagogiques. Or ces conditions sine qua non sont loin d’être assurées tant les différents acteurs que sont les régions, les intendants, les directions d’établissement, et surtout les volontés suivent des schémas mentaux différents.

Divergences de points de vus et satisfaction des élèves :

Cette « non cohérence » aura donc pour effet à court terme, après l’euphorie de la nouveauté, de plonger l’élève dans un ennui aggravé en STI2D. Parce que les matériels, logiciels, intendances, et les centaines de petites conditions de bon fonctionnement ne suivront pas, les enseignants seront condamnés au jour le jour à composer avec ce qu’ils n’ont pas. La belle publicité va se transformer pour certains établissements (les moins bien dotés) en enfer.

« Epuration Technique » volontaire par élévation de compétence non reconnue :

Je suis enseignant en STI2D et aujourd’hui je refuse catégoriquement d’être comparé à un enseignant de math, physique histoire ou Français …. Pourquoi ?
Parce que je ne fais pas le même métier, et parce que déjà en tant que STI j’en faisais beaucoup plus et ce depuis des années.
Nous avons largement dépassé le niveau de compétence et de fonction du simple prof. Déjà en tant que STI nous avons tous des valences liées à notre discipline, et une valence d’enseignant. Entendre aujourd’hui un collègue d’histoire se plaindre du retrait de la guerre mondiale des contenus abordés avec les élèves est pour nous STI2D une grosse plaisanterie. Voyez plutôt :
Au niveau des compétences, mon diplôme d’origine, mon expérience et mon contrat couvraient l’électrotechnique. Avec la STI2D mes compétences couvrent :
la mécanique, le génie des matériaux, la productique, les structures métalliques, l’architecture, l’électrotechnique, l’électronique, l’obtention de produit, le génie civil, le développement durable, la physique appliquée, pour les mathématiques et la physique nous étions déjà au fait des choses (et oui, dans Sciences et Technologies Industrielles il y a le mot Science) et avec tout çà ….. la langue vivante (pour moi l’anglais). Nous ne sommes donc pas devenus bivalent ni quadrivalent, mais bien tredec-valent ou quatuordec-valent (pour 13 et 14)
Au niveau des fonctions, nous étions et nous sommes de plus en plus :
Laborantin, développeur pédagogiques(nous créons nous même les parcours), développeurs d’applications, responsables de projets, administrateurs réseaux, gestionnaires et responsable des matériels, VRP, responsable marketing (et oui, si nous n’avons pas d’élève, c’est notre faute), community manager(animation des équipes de formation en ligne), responsable de stage et à la fin … enseignant. Ajouter à cela la maîtrise d’une bonne vingtaine de logiciels de modélisation, calculs et simulations.
Sachant que pour chacune des disciplines énoncées ci-dessus, il y a en moyenne entre 2 et 5 ans d’études, le terme d’enseignant ou prof n’est absolument plus adapté à notre réalité car nous sommes devenus des « ingénieurs en formation », manipulant et mettant en œuvre de plus en plus les principes d’ingénierie de formation et d’ingénierie pédagogique.
Ces élévations de compétences et de fonctions ne sont pas reconnues, ce qui aura pour effet certain (et peut-être même volontaire), de créer une scission encore plus grande des sciences et techniques avec les autres.
Mais le pire n’est pas là, le pire de tout est le déni de réalité sur nos compétences et sur les compétences qui forment la STI2D. Un immense déni volontaire et ignorant, où le poids historique du mépris culturel français pour les sciences et techniques frappe encore. Le déni de toutes ses disciplines que l’on place dans une boite, et qu’on rétrécit petit à petit… pour ne laisser … plus rien.
La chose qui me frappe le plus est cette technique de propagande qu’on appelle « le glissement sémantique », vous savez, celle qui fait qu’on n’est plus « pauvre » mais des « précaires », celle qui dit qu’il y a « intervention humanitaire préventive » à la place d'« intervention militaire », mais aussi « dommages collatéraux » à la place de « victimes civiles »…et bien pour nous c’est « Technologie » à la place de « Sciences et Techniques ». Ça n’a l’air de rien me direz-vous, mais c’est suffisamment éloquent pour prévoir une futur banalisation systémique au grès des restrictions à venir. Tous les livres en STI2D ont pour titre principal : Technologie, titre qui ne reflète absolument pas le contenu.

Surfer sur le Développement Durable :

Algore, Hulot et les autres ont absolument raison. Tel qu’est définit le développement durable, c’est la conjonction de l’économique, de l’écologie et du…… social. Et c’est là que le bas blesse. L’école d’ingénieur qui nous a formé sur le développement durable est la première à le reconnaitre, il n’y a pas de développement durable s’il n’y a pas de social… tout au plus en STI2D nous enseignerons la jonction entre l’économique et l’écologique (comme l’éco conception par exemple), mais enseigner les économies d’énergies sachant que des populations entières, même en France, n’ont pas les moyens de se les payer est une plaisanterie de très mauvais goût. Quelle famille trie ses poubelles, lorsqu’elle n’a quasiment pas de quoi manger ? ce n’est qu’un exemple de base, mais les préoccupations vitales seront toujours prioritaires à tout autres préoccupations même si elles sont imposées par la loi, (ce qui a pour beaucoup comme conséquence de les rendre hors la loi). Enseigner le photovoltaïque, les piles à combustible et les voitures hybride est une très bonne chose certes … mais on est dans l’économique et l’écologique, pas dans le développement durable. Quand j’étais enfant, le lait et les œufs étaient fournis par l’agriculteur du coin qui passait avec son bac de lait en alu, il nous le versait à la louche dans notre récipient en alu … les œufs étaient emballés dans du papier journal.. Résultat le bilan carbone était proche de zéro, mes parents n’avaient pas de voiture, pas d’emballage à recycler, les produits étaient du coin et on savait ce qu’on mangeait. Là vous avez un exemple de développement durable, qui consiste en fait à refaire pousser « des agriculteurs » et à ne plus les contraindre.
Bref tout ce qui sera enseigné ne sera pas du développement durable, mais des sciences et technologies ayant pour visée les économies d’énergie… ce qui est loin de l’intitulé.

On aurait dû appeler ça la TSI2D :

Car c’est bien une approche des sciences par la technologie, jusque-là pas de problème, c’est dans la pure lignée de la « main à la patte ».. Ce qui signifie de disposer de technologies sur site pour accrocher les élèves à la science. De plus nous sommes dans la perspective d’études scientifiques longues ou d’ingénieurs, ce qui préconise un bagage scientifique large et profond. En tant que « prof » STI2D nous sommes armés pour ce type d’approche pédagogique puisque le profil des élèves que nous avons depuis des années nous a obligés aux pratiques déductives.
Ce qui me laisse perplexe par contre, est la quantité phénoménale de connaissances à comprimer dans un temps très court lors d’une observation. J’explique : l’approche inductive en STI2D est traduite par la découverte des modèles de comportement et de la vérification des comportements d’un système quel qu’il soit. Donc on observe le comportement (vitesse, accélération, force, courant, tension, déformations, vibrations …..) on observe les effets, et à partir de là on remonte sur les modèles de connaissances, puis sur les phénomènes physiques… il vous reste donc à fournir les corpus de connaissance pour chacune des connaissances, ce qui correspond à environ au moins 10 fois l’activité d’observation comportementale. Eh oui, voilà un déni de plus, celui d’ignorer que tout est régi par des lois physiques et que d’étudier les comportements d’un système où structures, énergies et informations s’enchainent ne vous libère pas des connaissances qui sous-tendent ces phénomènes. Cela est toujours clair sur le papier, mais devant des vrais cerveaux et de vrais individus, c’est complètement différent, surtout à 32 par classe.

La récompense pour l’élève :

L’Europe n’avait plus besoin de main d’œuvre (moins chers ailleurs), elle n’a plus besoin de service (moins chers ailleurs), elle n’aura bientôt plus besoin de cerveaux (moins chers ailleurs).
Malheureusement la valeur refuge pour les parents d’enfants ou d’étudiants n’est plus le foncier (trop cher car peu d’offre en fonction des demandes) mais les études, cette croyance renforce les offres de prêts pour étudiants, les offres de formations d’instituts privés plus que louches. Aux Etats-Unis se fait déjà ressentir les effets de cette croyance, une nouvelle bulle est en train de se former et ne tardera pas à exploser. Des milliers d’étudiants se sont endetter pour se former à des niveaux supérieurs, doctorats pour la plus part. Le résultat est éloquent, en sortant du système ces étudiants n’ont pas de travail donc pas de remboursement.
En France, on encourage aussi les études. L’exemple de la STI2D est là pour nous le rappeler, il faut que les jeunes fassent des études longues. S’il y avait du travail en sortie de ces études, l’endettement serait donc .... un investissement, ce qui est pour le moment loin d’être une réalité et donc une valeur refuge. Ce pose dès lors un discours bizarre, où il faut recruter plus en STI2D (les IG) et fermer plus de classes (les Recteurs). Ce double discours n’est en fait pas si bizarre puisqu’il s’agit « d’industrialiser » la formation longue, produire et cloner de manière intensive sur la vague développement durable. Le résultat sera à la hauteur des ambitions, beaucoup d’élèves dans les premières années auront une grande déconvenue par suite d’un ennuie intensif (renouvellement matériel principalement, et seulement 24h par jour pour les profs), impossibilité de suivre un enseignement qui va en fait s’avérer asphyxiant pour les élèves (beaucoup trop de notions à intégrer). Une pédagogie par projet qui n’a jamais fait ses preuves loin de là. Tout le monde sait que les projets ce sont les profs qui les réalisent. Le projet n’a jamais garanti l’apprentissage. Le projet n’a que pour vocation réelle de produire de la marchandisation entre profs … pour les fonds.
Beaucoup d’appelés, peu d’élus, incapables de suivre une formation supérieure. Impossible de rattraper les retardataires, les pommés, les fainéants, et évidemment impossible de rattraper tous ceux qui s’en foutent, leur préconisant par la suite un Bac pro qu’ils ne voudront pas. On s’en fou, telle est la réforme, bourrer le mou, faire de la pub, gérer la masse, c’est de l’élitisme à la hache (c’est plus DD que la tronçonneuse), en avant pour l’industrialisation des cerveaux, … en clair ça va chier.
Bref l’élève sera une fois de plus la victime, juste après le prof... et surtout, adieu le rêve d'études longues.

La récompense pour les « super-prof » STI2D :

Nous devenons de ce fait à la fois super-compétents, et déclassés. Après la STI2D nous sommes tous ingénieurs, mais au lieu d’en avoir une reconnaissance effective, c'est-à-dire traduite par des effets mesurables financièrement et en qualité de travail, ce qui nous est proposé est un déclassement déguisé (sti + techno collège). Nous avons réalisé 480 h de formation et nous vous avons formé, nous sommes dans le même bateau, celui de la déchéance. Pour l’Etat, la récompense c’est l’économie. Il s’agit de précariser l’enseignement et les enseignants pour enseigner à une population déjà précarisée. Il faut rendre très productif la production et la transmission des savoirs en classe, il faut l’industrialiser à un coût très réduit, celui du prof. Pas sur les matériels puisque ce sont les régions qui les paient. Mais aussi, aujourd'hui pour l’état, un bon fonctionnaire est un fonctionnaire qui s'"auto-élimine". De quelle manière ? çà il ne souhaite pas l'entendre.

Pour résumer :

Une devinette en guise de conclusion, comment appelle-t-on une démocratie qui prône la liberté d’expres​sion(c’est une loi) mais où les rédacteurs sont obligés de l’invoquer (cette loi) pour ne pas avoir de problème ? je vous laisse chercher ... en guise de réponse il faut reconnaitre qu'aujourd'hui les jeunes manifestent pour voir enfin la "démocratie maintenant"
De toute façon chers collègues, plus de 50% d’entre nous perdront leur poste, les français s’en foutent parce que non informés, et de toute façon même s’ils le sont, ils ont d’autres chats à fouetter. Dans les médias, la STI2D est déjà vendue comme une réussite.
De plus nous avons trois très grands inconvénients : celui d’être fonctionnaire, enseignant et à l’intérieur celui d’être un « science et technique », … Mais n’oubliez pas, le président vous le rappellera, vous faites un métier formidable. Jamais l’hypocrisie n’aura été dans l’histoire aussi vertigineuse.

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Mais où sont les coupables ???

Message  super mario le Mar 7 Juin - 8:23

Bonjour Battman,
Bravo pour ton post. Même si tout avait déjà été dit, il a le grand mérite d'être synthétique.
Cependant deux remarques :
_ Nous sommes à des années lumières des 480h de formation (dans certaines academie à ce jour : 0h)
_ Que dire de nos charmants collègues qui participent activement à notre déformation .... ????
A bientôt

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La question des brevets

Message  belzebuth le Mer 8 Juin - 1:16

Petite remarque non évoquée jusque là est l'omniprésence dans le programme de la propriété industrielle et des brevets qui sont présentés comme une nécessité vitale pour le DD. C'est un contre-sens absolu, les brevets entraînent l'accumulation des savoirs par les plus riches et permettent d'asservir le reste de la population (voir Monsanto, Microsoft et bien d'autres). On est bien loin du social nécessaire pour faire du DD. Faites cette remarque lors d'une séance de formation et vous serez surpris par les levés de bouclier pour défendre la notion de brevet !

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Re: la STI2D, l'Epuration Technique par élévation de compétences ... non reconnues

Message  bech le Mer 8 Juin - 1:18

battman a écrit:Un peu d’histoire récente :

D’octobre à décembre, une centaine de collègue STI (les concepteurs) venu de tous horizons ont collaborés à la mise en œuvre de plus de 480 heures de formations STI2D. 480 heures en 3 mois, c’est l’équivalent d’une année de cours de master, comparaison importante pour la suite de mon raisonnement.
De février à juin, 5 mois de formations (les concepteurs deviennent formateurs) en présentiel et distanciel pour un premier tiers des 7000 collègues à former sur trois ans. La formation lourde représente donc 480 heures à encaisser en 5 mois. Il est évident qu’aucun professeur en situation devant élève ne peut absorber ces 480 heures.
Il serait intéressant que tu nous dises (dans la bonne rubrique des pages de présentation) de quelle académie tu es.
Pour ce qui est de l'académie de Versailles, les inspecteurs nous ont dit qu'on aurait des formations au cours de l'année scolaire à venir, lorsque certains d'entre nous se sentiront prêt à former leurs autres collègues sur des points précis.

battman a écrit:Vers une organisation à l’ « Orange » ? :

Au-delà des chiffres, ce qui est assourdissant est le silence de cette réforme et de ses conséquences sur les individus. Est-ce que l’indifférence est un crime si nous sommes à la veille d’un nouveau phénomène de type « Orange ». Avec l’autonomie des établissements, ce n’est ni le ministre, ni le recteur qui sauteront, mais bien le proviseur.
J'étais à une réunion syndicale aujourd'hui et cette histoire d'organisation à l'Orange a été évoquée pour parler de l'évolution générale de la politique d'emploi des personnels de l'éducation (nous demander de faire de plus en plus de choses qui ne correspondent pas à notre métier de départ). Mais avant que le proviseur saute, il peut y avoir certains profs et l'histoire de 15000 suppression de postes par an dans l'éducation, ce ne sera pas forcément seulement des départs à la retraite non remplacés.

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La question des brevets

Message  bech le Mer 8 Juin - 2:59

belzebuth a écrit:Petite remarque non évoquée jusque là est l'omniprésence dans le programme de la propriété industrielle et des brevets qui sont présentés comme une nécessité vitale pour le DD. C'est un contre-sens absolu, les brevets entraînent l'accumulation des savoirs par les plus riches et permettent d'asservir le reste de la population (voir Monsanto, Microsoft et bien d'autres). On est bien loin du social nécessaire pour faire du DD. Faites cette remarque lors d'une séance de formation et vous serez surpris par les levés de bouclier pour défendre la notion de brevet !

Mieux aurait valu que tu ouvres un nouveau post pour éviter le fouillis de multiples sujets abordés dans une même suite d'interventions. Mais peut être que Pascal, notre admin saura déplacer nos 2 messages dans un nouveau sujet.

Je pense que ce problème est une conséquence visible de l'orientation de notre gouvernement très tourné vers le bon fonctionnement de notre industrie (avec notamment la vente de centrales nucléaires EPR dont le chantier finlandais qui prend du retard risque d'être renfloué par les contribuables français), qui, à un an d'élections présidentielles se donne un vernis écolo avec la réforme STI2D.

Je pense que des brevets peuvent être utiles s'ils décrivent des processus de fabrication complexes qui ont été longs et coûteux à mettre au point. Il s'agit dans ce cas d'éviter qu'un concurrent profite du résultat de longues études au détriment du concepteur initial.

Mais le risque, notamment dans le domaine du logiciel est de breveter de simples idées (par exemple le clic de souris, ou un algorithme de quelques lignes) dans le but soir d'avoir un monopole sur un type de logiciel ou une fonctionnalité logicielle, soit de faire payer les concurrents pour quelque-chose qu'ils auraient très bien pu concevoir eux aussi, sans beaucoup d'efforts, tellement la chose brevetée est triviale.

Effectivement, les programmes de STI2D ne présentent que le premier aspect du problème alors que si l'on veut fournir à nos élèves une information objective (non faussée) du problème des brevets, il faudra aussi présenter le 2ème aspect (et quelle proportion de profs pensera à le faire et sera capable de le faire, surtout si les programmes font l'impasse sur ce point ?).

Nous resterons un certains temps dans une civilisation productiviste où il est moins coûteux de remplacer à neuf un appareil électronique (fabriqué en asie) tombé en panne que de le réparer (dans les années 60 ou 70, ça valait la peine de payer 2 H de main d'oeuvre à un réparateur de télé à lampes). Tant mieux si on peut inciter nos jeunes à revenir vers des modes de production/consommation plus raisonnés.

Mais beaucoup de pans de notre société fonctionne sur des anciens schémas comme celui de "propriété intellectuelle" qui, poussée à l'extrême comme elle l'est devient liberticide.

Par exemple, pour beaucoup d'ordinateurs de type PC, il y a la vente liée d'un équipement matériel et d'un système d'exploitation. Pour beaucoup, le système d'exploitation du fabriquant de "Fenêtres" est gratuit puisqu'il n'a pas été facturé en plus du matériel. Ensuite, si on remplace l'ordinateur, la licence d'utilisation du système d'exploitation (qu'on a déjà payé une fois) n'est pas transférable.

Les logiciels libres (c'est à dire librement utilisables (même sur plusieurs machines à la fois), copiables, diffusables, analysables (pour comprendre le fonctionnement) et modifiables (pour proposer des améliorations ou des produits dérivés) constituent une alternative intéressante aux produits propriétaires pour lesquels on dispose seulement d'un droit restreint d'utilisation, sachant que s'il y a des défauts, seul le fabricant peut décider s'il améliore son produit, et s'il facture la correction qu'il a apporté.

Même chose dans le domaine de la création littéraire et artistique. Il y a d'un coté des oeuvres protégées qui rapportent des droits d'auteur pendant 70 ans après la mort de l'écrivain ou du chanteur (belle pension de réversion à une époque où les retraites diminuent). Certaines de ces oeuvres sont protégées éventuellement par des DRM (une fois qu'on a payé le support, on n'est pas sûr de pouvoir le lire sur son ordinateur). Et puis, il y a toutes les documentations collaboratives diffusées sous licence libre, dont l'exemple le plus connu est Wikipedia. Il y a aussi des productions sous licence artistique libre (musiques, films, photos ...).

2 modèles de société :
- Celui du "tout se vend" avec la propriété intellectuelle et les droits d'auteur poussés à l'extrême,
- celui du partage avec les logiciels libres, la documentation libre, l'art libre (et plus généralement la culture libre).

Soit par manque de compétence des décideurs, soit par choix politique, il n'est prévu que d'aborder le premier modèle. Mais pouvait-on raisonnablement espérer mieux d'un gouvernement Sarkosien ?

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Re: la STI2D, l'Epuration Technique par élévation de compétences ... non reconnues

Message  fredibi le Mer 8 Juin - 7:14

belzebuth a écrit:
Soit par manque de compétence des décideurs, soit par choix politique, il n'est prévu que d'aborder le premier modèle. Mais pouvait-on raisonnablement espérer mieux d'un gouvernement Sarkosien ?

Rien ne nous empêche de nous former et d'aborder le sujet avec nos élèves. Chose que je fais en fonction des discussions que je peux avoir avec eux de temps en temps.
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Re: la STI2D, l'Epuration Technique par élévation de compétences ... non reconnues

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